Les cyberattaques contre les banques et les assureurs augmentent les coûts et le besoin d'action
Le nombre de cyberattaques contre les banques et les assureurs augmente, les services de renseignement étrangers étant désormais responsables de plus d'un tiers des attaques. Parallèlement, les méthodes basées sur l'IA telles que les deepfakes et les appels automatisés transforment considérablement le paysage des menaces.
Ce qui change
Au cours des douze derniers mois, la part des entreprises pouvant attribuer une cyberattaque à des services de renseignement étrangers est passée de sept pour cent en 2023 à vingt‑huit pour cent l'année précédente et maintenant à trente‑sept pour cent. Par ailleurs, l'utilisation de l'intelligence artificielle a élargi la diversité des attaques : la part des dommages causés par les appels automatisés est passée de trois à quatorze pour cent, tandis que les deepfakes ont vu leur part passer de quatre à huit pour cent, doublant ainsi leur impact. Aujourd'hui, 76 % de tous les dommages dus au vol de données, à l'espionnage industriel et à la sabotage sont causés exclusivement par des canaux numériques, contre une part nettement moindre provenant de voies traditionnelles. Ces évolutions montrent que les attaques ne sont pas seulement plus fréquentes, mais aussi plus difficiles à détecter et à attribuer.
Pour les banques et les assureurs, l'augmentation des tentatives de phishing basées sur l'IA signifie que les filtres et les règles traditionnels sont de plus en plus contournés. Les attaquants utilisent des modèles de langage pour produire des e‑mails et des enregistrements vocaux convaincants, contenant une adresse personnalisée et des détails contextuels. Ainsi, le taux de réussite des attaques d'ingénierie sociale augmente, tandis que le temps moyen nécessaire à la détection d'un incident s'allonge. Bitkom indique que 82 % des entreprises s'attendent à ce que les attaquants utilisent davantage l'intelligence artificielle à l'avenir pour automatiser et personnaliser leurs campagnes. Cette évolution oblige les établissements financiers à revoir fondamentalement leurs mécanismes de détection et leurs processus de réaction.
Quel est le coût
Selon l'étude récente Bitkom‑Wirtschaftsschutz, le préjudice économique total dû au vol de données, à l'espionnage industriel et au sabotage en Allemagne se situe entre 211 et 270,8 milliards d'euros par an. Cette partie provient d'attaques purement cybernétiques pour une fourchette comprise entre 160,4 et 205,8 milliards d'euros, soit environ trois quarts du préjudice total. L'étude repose sur une enquête menée auprès de 1 003 entreprises comptant au moins dix salariés et réalisant un chiffre d'affaires annuel d'au moins un million d'euros, menée entre la semaine 16 et la semaine 23 de l'année 2026. Aucun chiffre supplémentaire publiquement disponible concernant des postes de coût spécifiques tels que les paiements de rançon ou les frais de restauration n'a été communiqué.
En outre, l'enquête révèle que 58 % des entreprises interrogées ont subi un préjudice concret lié à une cyberattaque au cours des douze derniers mois. Parmi les entreprises victimes, 59 % attribuent le succès de l'attaque à une détection insuffisante des incidents de sécurité, tandis que 57 % pointent les mauvaises configurations des systèmes informatiques comme cause principale. Ces facteurs entraînent des coûts directs tels que l'arrêt du système, la restauration des données et d'éventuelles sanctions réglementaires, ainsi que des coûts indirects dus à la perte de confiance chez les clients et les partenaires. Comme aucune ventilation détaillée par poste de coût n'est disponible, les entreprises doivent estimer l'impact financier à partir de leurs propres coûts de réponse aux incidents.
Ce qui est endommagé
Une cyberattaque réussie entraîne souvent des pannes système plus longues, en particulier lorsque les plateformes critiques de paiement ou de gestion de comptes sont affectées. Les entreprises indiquent qu'en moyenne, plusieurs jours à plusieurs semaines peuvent s'écouler avant que les interfaces concernées avec les banques, les chambres de compensation ou les acquéreurs de cartes ne soient pleinement opérationnelles à nouveau. Cela implique non seulement le service informatique, mais aussi les départements chargés des paiements, de la gestion des risques et du service client dans le processus de rétablissement, ce qui entraîne une charge de coordination considérable.
En plus de la simple interruption, des problèmes surviennent fréquemment lors de la migration des données lorsqu'il faut restaurer des sauvegardes provenant de sources non sécurisées ou nettoyer des ensembles de données compromis. Les interfaces avec les prestataires de services de paiement, les systèmes ERP et les solutions de gestion des identités et des accès nécessitent souvent une nouvelle configuration et des tests afin d'éviter les mauvaises configurations. Parallèlement, le besoin de formation augmente : les employés doivent être à nouveau formés pour reconnaître les tentatives de phishing, les appels deepfake et les demandes de transaction manipulées, sachant que, selon Bitkom, 55 % des entreprises considèrent une gestion inadéquate des identités et des accès comme une faiblesse.
Ce que nécessite un changement
Passer à un concept de sécurité plus robuste commence par une revue complète de tous les systèmes existants, en particulier les composants de gestion des identités et des accès ainsi que les passerelles de paiement. Ce processus dure généralement plusieurs mois et mobilise, outre le service informatique, la gestion des risques, le service de conformité et la direction responsable des paiements. Pendant la phase d'analyse, il faut identifier les faiblesses dans la journalisation, la stratégie de correctifs et le plan de continuité d'activité, sachant que, selon Bitkom, l'analyse des journaux demeure la principale source d'insight pour 68 % des entreprises.
Ensuite, des mesures concrètes doivent être définies et mises en œuvre : déploiement de l'authentification multifacteur pour tous les comptes privilégiés, mise à jour des processus de gestion des correctifs, utilisation de systèmes de détection d'anomalies basés sur l'IA et réalisation régulière de tests d'intrusion. Le budget de la sécurité informatique devrait également être réexaminé ; bien que la part moyenne du budget informatique consacrée à la sécurité soit actuellement de 18 %, Bitkom recommande au moins 20 %, seuil déjà atteint ou dépassé par 45 % des entreprises. La mise en œuvre exige des responsabilités clairement définies, un calendrier fixé et l'appel à des spécialistes externes si les ressources internes s'avèrent insuffisantes.
